Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/41

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une trentaine de volumes reliés en maroquin rouge, je te prêterai ces ouvrages, et leur lecture, pendant l’abominable sacrifice, le consolera de l’obligation d’en être témoin. O mon amie, dis-je à madame Delbène, que d’obligations je t’aurai ! mon cœur et mon esprit avaient dévancé tes conseils… non sur la morale, tu viens de me dire des choses trop fortes et trop neuves pour qu’elles se fussent déjà présentées à moi ; mais je ne t’avais pas attendue pour détester, comme toi, la religion ; et ce n’était qu’avec le plus extrême dégoût que j’en remplissais les affreux devoirs. Que de plaisirs tu me fais en me promettant d’étendre mes lumières. Hélas ! n’ayant rien entendu dire sur ces objets superstitieux, tous les frais de ma petite impiété ne sont encore dus qu’à la nature. — Ah ! suis ces inspirations, mon ange… voilà celles qui ne te tromperont jamais. — Sais-tu, poursuivis-je, que tout ce que tu viens de m’apprendre est bien fort, et qu’il est rare d’être instruite à ce point à ton âge. Me permets-tu de le dire, ma bonne ? Il est difficile que la conscience soit au degré où tu peins la tienne, sans quelques actions très-extraordinaires ; et comment, pardonne à ma ques-