Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/40

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teux qu’avait préparé sa bêtise. Je ne finirais pas, Juliette, s’il fallait me livrer à toute l’horreur que m’inspire l’exécrable systême de l’existence d’un Dieu ; mon sang bouillonne à son nom seul, il me semble voir autour de moi, quand je t’entends prononcer, les ombres palpitantes de tous les malheureux que cette abominable opinion a détruits sur la surface du globe ; elles m’invoquent, elles me conjurent d’employer tout ce que j’ai pu recevoir de forces ou de talent, pour extirper de l’ame de mes semblables, l’idée du dégoûtant fantôme qui les fit périr sur la terre.

Ici, madame Delbène me demanda où j’en étais sur ces choses-là. Je n’ai point encore fait ma première communion, lui dis-je. — Ah ! tant mieux, me répondit-elle en m’embrassant ; va, mon ange, je t’éviterai cette idolâtrie ; à l’égard de la confession, réponds, lorsqu’on t’en parlera, que tu n’es pas préparée. La mère des novices est mon amie, elle dépend de moi, je te recommanderai à elle, et tu n’en seras point tracassée. Quant à la messe, malgré nous il faut y paraître ; mais tiens, vois-tu cette jolie petite collection de livres, me dit-elle en me montrant