Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/82

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c’est que chaque secte est également persuadée de la réalité de ses prodiges ; si tous sont faux, on doit en conclure que des nations entières ont pu croire des prodiges supposés ; donc sur le chapitre des prodiges, la persuasion vive d’une nation entière n’en prouve pas la vérité ; mais il n’y a aucun de ces faits dont on puisse autrement prouver la vérité que par la persuasion de ceux qui les croient maintenant, donc il n’y en a aucun dont la vérité soit suffisamment établie ; et comme ces prodiges sont les seuls moyens par lesquels on puisse nous obliger à croire une religion, nous devons conclure qu’il n’en est aucun de prouvé, et les regarder tous comme l’ouvrage du fanatisme, de la fourberie, de l’imposture et de l’orgueil.

Mais, interrompis-je ici, s’il n’y a ni Dieu ni religion, qui gouverne donc l’univers ?

Ma chère amie, reprit madame Delbène, l’univers est mu par sa propre force, et les loix éternelles de la nature inhérentes à elle-même, suffisent sans une cause première, à produire tout ce que nous voyons ; le mouvement perpétuel de la matière explique tout ; quel besoin de supposer un moteur à ce qui est toujours en mouvement ?