Page:Sade - Les 120 Journées de Sodome, éd. Dühren, 1904.djvu/45

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mal ornée, les dents les plus infectes, et une saleté d’habitude dans tout le reste de son corps et principalement aux deux temples de la lubricité, que nul autre être, je le repète, nul autre être que le président sujet aux mêmes défauts et les aimant sans doute, nul autre assurément malgré tous ses attraits ne se fut arrangé de Julie. Mais pour Curval il en était fou, ses plus divins plaisirs se cueillaient sur cette bouche puante, il était dans le délire en la baisant et quant à sa malpropreté naturelle bien loin de la lui reprocher, il l’y excitait au contraire et avait enfin obtenu d’elle qu’elle faisait un parfait divorce avec l’eau. À ses défauts Julie en joignait quelques autres, mais moins désagréables sans doute ; elle était très gourmande, elle avait du penchant à l’ivrognerie,28) peu de vertu, et je crois que si elle l’eut osé, la putasserie l’eut fort peu effrayée. Élevée par le duc dans un abandon total de principes et de mœurs elle adoptait assez cette philosophie, et de tout point sans doute il y avait de quoi faire un sujet mené par un effet encore très bizarre de libertinage. Il arrive souvent qu’une femme qui a un défaut nous plait bien mieux dans nos plaisirs qu’une qui n’a que des vertus, l’une nous ressemble, nous ne la scandalisons pas, l’autre s’effraie et voilà un attrait bien certain de plus. Le duc malgré l’énormité de sa construction avait joui de sa fille, mais il avait été obligé de l’attendre jusqu’à 15 ans et malgré il n’avait pu empêcher29) qu’elle ne fut très endommagée de l’aventure, et tellement qu’ayant envie de la marier il avait été obligé de cesser des jouissances et de se contenter avec elle de plaisirs moins dangereux quoique pour le moins