Page:Saint-Amant - Œuvres complètes, Livet, 1855, volume 1.djvu/151

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A permis de jouyr d’un bien si desirable
Que de toucher ma reine et la voir de si près,
Mesme jusques aux lieux tenus les plus secrets,
De peur qu’à l’advenir quelque pied sacrilege
Entrant dedans ce parc sans aucun privilege,
Ne te vienne fouler, je te feray couvrir,
Ou j’y seray tousjours quand il faudra l’ouvrir ;
Et quand l’esté bruslant alterera ta face,
Et quand l’hyver transi te chargera de glace,
Mes yeux avec des pleurs éteindront ton ardeur ;
Mes souspirs enflamez chasseront ta froideur ;
Mais je ne pense pas que rien te puisse nuire,
Après que mon soleil a sur toy daigné luire :
Soleil dont les rayons, te visitans encor,
Mieux que ceux de Phebus te changeroient en or.

Ô terre bien-heureuse ! encor que la nature
Jadis de l’univers ordonnant la structure,
Par un decret occulte aux humains jugemens,
T’ait mise le plus bas de tous les elemens,
Je veux, et je le puis, que ma plume hardie,
Quoy que la medisance ou la sottise en die,
Porte si haut ta gloire en presence de tous,
Que le trosne des dieux un jour soit au dessous.

La Renommée en fin, quand je t’auray depeinte,
Parlera plus de toy que de la Terre sainte ;
Cybele à ton sujet aura tous les autels
Que l’on a consacrez aux autres immortels ;
On passera les mers, sans craindre aucun obstacle,
Pour jouyr de ta veue ainsi que d’un miracle ;
Et quand au bout du temps ce monstre bruslera,
Si le Destin m’en croit, il te preservera,
Je te prie, ô beau lieu ! qu’aussi-tost que la Parque
Contraindra mon esprit d’entrer dedans sa barque,
Enregistrant mon nom dans le livre des morts,
Il te plaise fournir de sepulcre à ce corps.