Page:Saint-Amant - Œuvres complètes, Livet, 1855, volume 1.djvu/74

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Mortels augures des destins,
Fait rire et dancer les lutins
Dans ces lieux remplis de tenebres.
Sous un chevron de bois maudit
Y branle le squelette horrible
D’un pauvre amant qui se pendit
Pour une bergère insensible,
Qui d’un seul regard de pitié
Ne daigna voir son amitié.

Aussi le Ciel, juge équitable,
Qui maintient les loix en vigueur,
Prononça contre sa rigueur
Une sentence epouvantable :
Autour de ces vieux ossemens
Son ombre, aux peines condamnée,
Lamente en longs gemissemens
Sa malheureuse destinée,
Ayant, pour croistre son effroy,
Tousjours son crime devant soy.

Là se trouvent sur quelques marbres
Des devises du temps passé ;
Icy l’âge a presque effacé
Des chiffres taillez sur les arbres ;
Le plancher du lieu le plus haut
Est tombé jusques dans la cave,
Que la limace et le crapaut
Souillent de venin et de bave ;
Le lierre y croist au foyer,
À l’ombrage d’un grand noyer.

Là dessous s’estend une voûte
Si sombre en un certain endroit,
Que, quand Phebus y descendroit,
Je pense qu’il n’y verroit goutte ;
Le Sommeil aux pesans sourcis,