Page:Saint-Just - Œuvres complètes, éd. Vellay, I, 1908.djvu/338

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les inimitiés et les jalousies particulières des provinces allaient inonder la capitale ; on allait voir de près un corps politique mais plein d’illusion ; peut-être, comme les factions étaient populaires, tout devait-il couler dans le sein de la liberté, mais il pouvait arriver, comme plusieurs l’espéraient, que la présence du monarque ne frappât les cœurs de compassion ; l’intrigue lui fit jouer le rôle d’un grand roi. Couvert des débris ignominieux de sa gloire passée, on mon­trait tendrement le dauphin au peuple, comme le mal­heureux reste du sang de tant de rois : ce spectacle attendrissant frappait partout les yeux. On ne vit dans Paris que cinq personnes.

Ceux qui donnèrent l’idée d’une fédération avaient trouvé le dernier moyen de changer la face des choses et de confondre la liberté ; on l’attaqua de ses propres armes ; tout était amour, égalité, et cependant tout intéressait pour les rois. C’est un merveilleux moyen d’attaquer les hommes, que de s’armer contre eux de leurs faiblesses ou de leurs vertus. Ce fut en vain, on aima le roi sans le plaindre. Comme on le trompait facilement, on lui laissait parler un langage affectueux qui lui plaisait, mais dont son ingénuité ne démêlait point l’adresse.

On n’imagine rien de plus tendre que ce qu’il répondit aux députés : “ Redites à vos concitoyens que j’aurais voulu leur parler à tous, comme je vous parle ici ; redites-leur que leur roi est leur père, leur frère, leur ami, qu’il ne peut être heureux que de leur bonheur, grand que de leur gloire, puissant que de leur liberté, riche que de leur prospérité, souffrant que de leurs maux ; faites surtout entendre les paroles ou plu­tôt les sentiments de mon cœur, dans les humbles chaumières et dans les réduits des infortunés ; dites-­leur que si je ne puis me transporter avec vous dans leur asile, je veux y être par mon affection et par les lois protectrices du faible, veiller pour eux, vivre pour eux, mourir s’il le faut pour eux. Dites enfin aux différentes provinces de mon royaume que plus tôt les circonstances me permettront d’accomplir le vœu que j’ai formé de les visiter avec ma famille, plus