Page:Saint-Just - Œuvres complètes, éd. Vellay, I, 1908.djvu/355

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voulez, vous n’avez point à redouter l’infamie, mais craignez le glaive et dites à vos enfants de le craindre. Il faut tout dire, les lois qui règnent par les bourreaux périssent par le sang et l’infamie, car il faut bien enfin qu’elles retombent sur quelqu’un.

La liberté anglaise est violente comme le despotisme, il semble qu’elle soit la vertu du vice, et qu’elle combatte contre l’esclavage en désespérée ; le combat sera long, mais elle se tuera elle-même.

La preuve que ces supplices sont indignes des hommes, c’est qu’il est impossible de concevoir les bourreaux ; aussi fallait-il ne les point déshonorer, pour que la barre ne déshonorât point.

Est-il possible qu’on conçoive l’inconséquence humaine ; croirait-on que l’homme se soit mis en société pour être heureux et raisonnable ? Non, l’on croirait plutôt que, las du repos et de la sagesse de la nature, il voulait être misérable et insensé. Je ne vois que des Constitutions pétries d’or, d’orgueil et de sang, et je ne vois nulle part la douce humanité, l’équitable modération, qui devaient être la base du traité social ; comme tout est lié à sa morale bonne ou mauvaise, l’oubli de la vérité entraîne de fausses maximes, celle-ci entraîne tout. Mais en vain quand on est sorti de la sagesse veut-on y entrer, les remèdes seront plus terribles que le mal ; la probité sera l’épouvante, les lois périront sur l’échafaud.

La loi française déclare que les fautes sont personnelles ; il ne faut donc point de supplices, car ils ne vont point sans infamie, et l’infamie se partage. L’effigie qui représente le supplice serait peut-être le chef-d’œuvre des lois dans un État corrompu, mais malheur au gouvernement qui ne peut se passer de l’idée des tortures et de l’infamie ; à quoi sert l’effigie où il n’y a point de honte, pourquoi des peines où elle est ?