Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/19

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et le roi toujours occupé de lui. Il lui fit donner une calèche à toutes ses chasses. Une de ses nièces y alloit avec lui. Il étoit assez plaisant de les voir tous deux suivre celle du roi, qui étoit seul dans la sienne avec Mme la duchesse de Bourgogne, et figurer ainsi en deux tête à tête, sans autre calèche que celle du capitaine des gardes, car Madame montoit encore alors à cheval. Ce voyage de Marly, où il étoit arrivé et s’étoit compassé pour cela avec justesse, s’écoula de la sorte à y faire toute l’attention, à y être l’homme uniquement principal et à reconnoître son monde.

Il partagea après son temps moins à Versailles qu’à Paris. Versailles étoit plus public, moins ramassé, moins pêle-mêle, les milieux plus difficiles à garder. Il jugea sagement que, son terrain bien sondé, il falloit disparaître pour réveiller le goût et l’empressement, et ne les pas user par l’habitude. Au bout d’un mois, il prit congé et s’en alla à Commercy avec sa sœur, ses nièces et sa femme, qui, sous prétexte de fatigue et de santé délicate, n’avoit vu le jour à Paris que par le trou d’une bouteille, niais en effet par l’embarras de ses prétentions, qu’elle ne vouloit pas commettre, et savoir, avant de se présenter à la cour, sur quel pied elle s’y conduiroit : Vaudemont, en partant, s’assura, puis s’annonça pour le premier voyage de Marly. C’étoit une distinction qu’il lui importoit de ne pas négliger. Trois semaines suffirent à cette course. La santé étoit bonne quand il le falloit, et les jambes ne faisoient jamais rien manquer d’utile. Mme de Lislebonne et Mme de Vaudemont demeurèrent à Paris ; l’oncle et les nièces vinrent à Marly. Avant son départ, il y avoit eu une négociation. Mme de Vaudemont, qui ne savoit encore sur quel pied danser, vouloit éviter le cérémonial de Versailles et aller droit à Marly, comme son mari avoit fait. Le roi trouvoit cela ridicule, et cela balança. Au retour de M. de Vaudemont, il insista si bien qu’il en résulta une distinction plus grande, parce que le roi la trouva moindre que de recevoir de plein saut, à