Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/272

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écrire une belle lettre à sa mère, pour lui rendre compte de son mariage, l’excuser et lui en demander pardon.

On peut juger de ce que, la duchesse de Roquelaure put devenir à cette nouvelle. La gouvernante, tout éperdue qu’elle étoit, lui écrivit en même temps tous les faits, la ruse, la violence qu’elle avoit soufferte, sa justification comme elle put, ses désespoirs. Mme de Roquelaure, dans sa première fureur, ne raisonne point, croit que son amie l’a trahie, court chez elle, la trouve, et dès la porte se met à hurler les reproches les plus amers. Voilà Mme de La Vieuville dans un étonnement sans pareil, qui lui demande à qui elle en a, ce qui peut être arrivé, et parmi les sanglots et les furies n’entend rien et comprend encore moins. Enfin, après une longue et furieuse quérimonie, elle commence à découvrir le fait, elle le fait répéter, expliquer, proteste d’injure, qu’elle n’a pas songé à Mlle de Roquelaure, fait venir tous ses gens en témoignage que son carrosse n’est point sorti de la journée, ni qu’aucun de ses gens n’est allé au couvent. Mme de Roquelaure, toujours en furie, en reproches, qu’après l’avoir assassinée elle l’insulte encore et veut se moquer d’elle ; l’autre à dire et à faire tout ce qu’elle peut pour l’apaiser, et à se mettre en furie à son tour de la supercherie qu’on lui a faite. Enfin, après avoir été très longtemps sans s’entendre, puis sans se calmer, Mme de Roquelaure commença enfin à se persuader de l’innocence de son amie ; et toutes deux à jeter feu et flammes contre M. de Léon, et contre ceux qui l’avoient aidé à lui faire cette injure. Mme de Roquelaure étoit particulièrement outrée contre M. de Léon, qui pour la mieux amuser, l’avoit continuellement vue depuis la rupture avec des respects et des assiduités qui l’avoient gagnée, en sorte que, nonobstant l’aigreur avec laquelle l’affaire s’étoit rompue, l’amitié entre elle et lui s’étoit de plus en plus réchauffée avec promesse réciproque de durer toujours. Elle étoit en ragée contre sa fille, non seulement de ce qu’elle avoit commis,