Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/357

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


qu’il en avoit conçues. Gamaches et d’O n’étoient pas ses confidents, et ne l’auroient pas même été bons, et il n’avoit personne dans l’armée à qui ouvrir son cœur et par qui s’éclairer.

Les lettres de M. de Beauvilliers étoient, comme lui, remplies de piété, de modération, de mesure ; celles de Mme la Duchesse, il n’en avoit pas la même opinion. Il n’en recevoit point d’autres, et il étoit abandonné à son chagrin et à ses réflexions. L’embarras où il se trouva changea l’extérieur qui jusqu’alors avoit tant plu à l’armée. Il se renferma dans son cabinet à écrire de longues lettres, il se rendit peu visible. Le sérieux et un air d’embarras succédèrent à l’air gai et ouvert qu’il avoit eu auparavant. Cette lettre de Chamillart, venue en cadence de cette aigreur du roi à. Mme la duchesse de Bourgogne, qu’elle ne lui laissa pas ignorer pour qu’il ne lui imputât pas de faire pour lui moins qu’elle ne pouvoit, le resserra de plus en plus, et le plongea dans une amertume qui fut visible. Il se rapprocha de Vendôme peu à peu, qui, à son ordinaire, alloit chez lui tête haute, et qui, profitant de sa douceur, avoit l’audace d’y mener Albéroni à sa suite. Le jeune prince, affecta de parler davantage à Vendôme, et même à Albéroni quand l’occasion s’en présentoit. Ce changement solitaire d’une part, et de l’autre cette faiblesse, fit un fâcheux effet dans l’armée. Ceux qui s’étoient le plus élevés en faveur de la vérité et de Mgr le duc de Bourgogne commencèrent à craindre tout de bon et à se taire, à se présenter moins chez lui, et à se rapprocher de M. de Vendôme, et le gros de l’armée qui ne voit que l’écorce, à blâmer le jeune prince, pour ne pas dire pis. Ce qui en avoit toujours été contre lui à s’applaudir et à insulter ; et la cabale à triompher de sa fermeté, à profiter plus insolemment que jamais de la conjoncture, à répandre doucement le conseil de Chamillart à Mgr le duc de Bourgogne, et la rebuffade du roi à Mme la duchesse de Bourgogne, malgré l’appui de Mme de Maintenon, à qui ils osèrent