Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/424

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aussi une imposture si manifeste, mais à la fin elle réussit à mettre le comble à mon dépit, et à mon impatience d’aller respirer chez moi un air plus sain et plus tranquille, et M. de Beauvilliers me le permit. Reprenons durant cet intervalle diverses choses que la suite des événements de Flandre a fait laisser en arrière.

Tréville mourut à Paris dans le temps que les ennemis investirent Lille. J’ai assez fait connoître ce personnage peu guerrier, fort du grand et du meilleur monde, quelque temps courtisan, puis dévot et retiré, revenu peu à peu dans un monde choisi, toujours recherché, toujours galant, toujours brillant d’esprit et de goût, pour n’avoir plus à en rien dire. Ses vrais amis l’avoient fait rentrer un peu en lui-même. Depuis plusieurs années il vivoit plus retiré et plus particulièrement occupé de son salut. Il étoit fort à son aise et point marié. Son père, comme je l’ai dit, étoit mort commandant une des deux compagnies des mousquetaires.

Lyonne, fils aîné de ce grand ministre des affaires étrangères, mourut bientôt après dans une obscurité aussi profonde que le lustre de son père avoit été éclatant. C’est très ordinairement le sort des enfants des ministres. Mais de ce règne seulement, ils ont trouvé, avec tant d’autres moyens de s’élever, celui de faire à leur famille des charges de la maison du roi une planche après le naufrage. Ainsi la noblesse en demeure exclue et le demeurera apparemment toujours ; tellement qu’excepté les grandes charges, toujours de ce règne, possédées par des ducs et des maréchaux de France, on voit aujourd’hui les Cent-Suisses et les deux charges de maître de la garde-robe, celles de grand maréchal des logis et de capitaine de la porte aux enfants des ministres morts ou congédiés. À l’égard de celles de premier écuyer et de premier maître d’hôtel, je ne pense pas qu’on les trouve plus hautement possédées, non plus que celle de grand maître des cérémonies encore du ministère. Reste celle de grand prévôt demeurée à un gentilhomme ; car pour