Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/447

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


porta point ni la cour, quoique la princesse de Carignan, mère du comte de Soissons, fût princesse du sang, la dernière de sa branche.

En ce même temps mourut aussi, au camp devant Lille, M. d’Overkerke, général en chef des Hollandois et de leur armée, qui étoit des bâtards de Nassau-Orange, et qui avoit été dans l’intime confiance du roi Guillaume, dont il étoit grand écuyer.

Desmarets, revenu de si loin au contrôle général des finances, très bien avec Chamillart, et appuyé des ducs de Chevreuse et de Beauvilliers, qui tous trois l’y avoient porté avec tant de soeurs, fit entendre par eux la grandeur et la capacité de son travail, la nécessité pour le bien des affaires de l’accréditer dans le public, et la convenance de le faire ministre d’État, comme l’avoient été ceux qui l’avoient précédé dans son emploi. Le roi, qui comptoit alors avoir besoin de lui, et qui commençoit à s’y accoutumer, se laissa prendre à cette amorce et le fit ministre. Il avoit déjà deux filles mariées, l’une à Goesbriant, l’autre à Bercy, intendant des finances, qui faisoit tout sous lui. Incontinent après cette grâce, il maria bien autrement la troisième, ce fut au marquis de Béthune-Orval, qui avoit la perspective du duché de Sully après le duc de Sully qui n’avoit point d’enfants, et après le chevalier de Sully qu’on croyoit marié secrètement, de façon à n’en avoir point non plus. Ce M. de Béthune étoit un homme qui n’avoit point paru à la cour et comme point à la guerre, riche, mais noyé dans une mer de procès qu’on l’accusoit d’aimer beaucoup, et à la poursuite desquels il occupoit toute sa vie. Le roi voulut donner deux cent mille livres à la fille de Desmarets, comme il avoit accoutumé aux mariages des filles de ses ministres, mais celui-ci ne le voulut pas dans la presse où étoient les finances. Au lieu de cette somme, le roi voulut donner une pension de douze mille livres ; Desmarets ne la vouloit que de huit mille, enfin elle fut de dix mille livres.