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CAUSERIES DU LUNDI.

de France en 1750, Malesherbes lui succéda en qualité de premier président de la Cour des Aides ; dès lors il appartient aux grandes charges, et sa vie publique commence. Il avait vingt-neuf ans.

Il est très-probable que, sans cette circonstance, et s’il eût été retardé de quelques années dans sa carrière de magistrat, il eût fait son entrée dans la vie littéraire par quelque publication d’ouvrage ; car, dans chaque ordre d’études, il aimait à se rendre compte par écrit de ses pensées. Au moment où il devint premier président, il était très-occupé de l’Histoire naturelle de Buffon, dont les trois premiers volumes venaient de paraître (1749), et il s’attachait à y relever, plume en main, les légèretés et les inexactitudes, principalement en ce qui concernait la botanique, que Malesherbes savait si bien, et que Buffon savait peu. Malesherbes, jeune, ne craint pas de traiter avec vivacité Buffon, nouvellement célèbre et non encore consacré : « M. de Buffon, dit-il, qui ne s’est adonné que depuis peu de temps à l’étude de la nature. » Il venge Gesner, Linné, Bernard de Jussieu, tous les grands botanistes que Buffon avait traités un peu dédaigneusement et presque voulu déshonorer en les assimilant aux alchimistes, sans considérer « que la botanique est le tiers de l’histoire naturelle par son objet, et plus de la moitié par la quantité des travaux. » Parlant quelque part d’une remarque féconde du grand naturaliste Gesner, Buffon avait dit de celui qui l’avait faite : « Je crois que c’est Gesner. » — Or toute la botanique moderne est fondée sur la découverte de Gesner, fait observer Malesherbes. Que dirait-on d’un homme qui, donnant des Réflexions sur le Théâtre-Français, dirait : En tel temps il parut une tragi-comédie intitulée le Cid, qui était, JE CROIS, de Pierre Corneille ? » En lisant les Observations de Malesherbes, restées inédites de son