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LIVRE DEUXIÈME.

raconta une petite histoire qu’aurait pu rimer le Fabuliste et qui ferma la bouche au docteur.[1] Le château de M. le duc de Luines, dit Fontaine, était la source de toutes ces curiosités.

On aura occasion ailleurs de noter sérieusement l’introduction et l’infusion, non pas du système, mais de la méthode de Descartes, dans la littérature janséniste ; nous en surprenons ici comme l’essai et le pur jeu par le dehors. M. de Saci souriait et combattait finement, mais il ne coupait pas court : on se demande où est Saint-Cyran ? De là toute une déviation, une inconséquence à coup sûr, mais aussi une transaction littérairement féconde et glorieuse pour nos amis. Le Père Daniel, publiant en 1690 son Voyage du Monde de Descartes, pourra mettre dans la bouche du philosophe ces paroles dont la raillerie honore : « Je m’assurai donc de lui (d’Arnauld), et je crois que le mécontentement que je lui témoignai des Jésuites ne contribua pas peu à me l’attacher. H fit si bien que, dès lors, on vit peu de Jansénistes philosophes qui ne fussent Cartésiens. Ce furent même ces Messieurs qui mirent la philosophie à la mode parmi les dames ; et on m’écrivit de Paris en ce temps-là qu’il n’y avoit rien de plus commun dans les ruelles que le parallèle de M. d’Ypres et de Molina, d’Aristote et de Descartes. »

Quoiqu’Arnauld fût le plus vif promoteur, le duc de Luines, à ce début, ne restait pas en arrière, non plus que son ancien maître de philosophie, également retiré,

  1. M. de Liancourt lui dit : « J’ai là-bas deux chiens qui tournent la broche chacun leur jour. L’un, s’en trouvant embarrassé, se cacha lorsqu’on l’alloit prendre, et on eut recours à son camarade pour tourner en sa place. Le camarade cria, et fit signe de sa queue qu’on le suivît : il alla dénicher l’autre dans le grenier et le houspilla. Sont-ce là des horloges ? » — Relire la belle fable de La Fontaine et le Discours à madame de La Sablière (liv. X, 1).