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LIVRE TROISIÈME.

intervalle singulier, une pause ; le Formulaire et la Signature, bien que décrétés, en restèrent là jusqu’en l’année 1660, où l’affaire se réveilla. Mais nous dépassons le moment des Provinciales dont l’effet irritant d’abord, et bientôt immense, n’était peut-être pas sans liaison avec ce répit soudain que procurèrent la résistance du Parlement, la lassitude du Cardi-

    récit qu’on va lire donnera d’ailleurs assez fidèlement l’idée du peu de passion qu’il apportait dans ces débats. Après l’évasion du cardinal de Retz du château de Nantes, les curés de Paris qui le tenaient pour leur archevêque avaient pris parti hautement pour lui, notamment M. Du Hamel, curé de Saint-Merry, qu’on avait, pour ce fait, exilé par lettre de cachet à Langres ; un des prêtres de cette paroisse, M. Feydeau, raconte dans ses Mémoires, à l’année 1655, l’anecdote suivante : « M. le cardinal Mazarin voulut voir ceux d’entre les Ecclésiastiques qui étoient plus renommés pour être Jansénistes, et les traiter fort honnêtement. M. l’abbé de Bourzeis me présenta à Son Éminence : M. de La Croix-Christ m’accompagnoit. Il nous parla avec une grande bonté. Il nous dit d’abord qu’encore qu’il ne fût pas savant, il savoit pourtant bien que saint Pierre disoit : Obedite prœpositis vestris, etiam dyscolis ; que le Roi étant revenu avoit usé d’une grande bonté envers ses sujets ; que ce n’étoit que pour servir à l’État que lui qui parloit demeuroit en France ; que plût à Dieu qu’il eût travaillé autant pour son salut qu’il avoit travaillé pour l’État ; que nous devions inspirer au peuple des sentiments de soumission et d’obéissance envers le Roi, et qu’on entendoit cependant beaucoup de bruit dans les paroisses, et qu’on s’y mêloit de beaucoup de choses ; que M. Du Hamel avoit prêché dans son prône en faveur du cardinal de Retz qui étoit un prisonnier et dans la disgrâce du Roi ; que M. Du Hamel lui-même ne se conduisoit pas dans Langres comme un homme qui reconnoît que son Prince n’est pas content de lui, qu’il y faisoit grand éclat. Je dis à Son Éminence que nous n’avions jamais inspiré d’autres sentiments aux peuples que l’obéissance envers le Roi ; que nous ne nous mêlions dans nos paroisses que de faire subsister les pauvres qui sont les sujets du Roi ; que M. Du Hamel étoit malheureux puisqu’on rapportoit à Son Éminence beaucoup de choses qu’il n’avoit point dites, ou qu’on les rapportoit d’une autre manière qu’il ne les avoit dites. — Et pensez-vous, nous dit-il d’un ton familier, que je croie tout ce qu’on m’en dit ? Non, non ; j’ai par écrit tous ses derniers prônes, et si vous le voulez, je vous les ferai