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LIVRE QUATRIÈME.

prit que tout ce qui précède, et qui semble peut-être assez abondant ; mais dans ces choses de Port-Royal, où rien ne brille, nous avons affaire à des traits qui n’ont toute leur signification que quand on y repasse souvent.

Sébastien Le Nain de Tillemont, fils de Jean Le Nain, maître des Requêtes, et de dame Marie Le Ragois, naquit à Paris le 30 novembre 1637. Son père, ami particulier de M. de Bernières, était comme lui un serviteur zélé de Port-Royal ; et, au fort de la Fronde, on les avait vus tous deux en robe de palais conduire et protéger devant le peuple la procession des religieuses, depuis leur sortie du faubourg Saint-Jacques jusque dans la rue Saint-André-des-Arcs, où elles allaient pour un temps s’abriter[1]. Dès l’âge de neuf ou dix ans, le jeune Tillemont fut mis avec son frère (Pierre Le Nain, depuis trappiste) aux Petites Écoles ; il y contracta une amitié particulière avec le fils de M. de Bernières, et aussi avec Du Fossé, qui parle de lui comme d’un frère.

Je l’ai connu lorsqu’il étoit encore enfant, nous dit Fontaine que nous retrouvons ici avec bonheur : il avoit dans ses tendres années l’innocence qu’on peut se figurer que lui avoit conservée la maison d’un père chrétien ; mais à cette innocence il joignoit une gravité et une sagesse qui surprenoient. Lorsqu’il croissoit en âge sous nos yeux et notre conduite, il apprenoit les langues, qui lui donnoient alors l’éloignement des jeux innocens. Pendant que les autres enfants qui étoient avec lui donnoient quelque relâche à leur esprit, aux jours destinés à cela, et se livroient tout entiers à leurs petits divertissements, il s’enfermoit lui seul dans sa chambre. Voyant l’histoire et la géographie, il réduisoit par 1.

  1. Précédemment, tome II, page 307. — On a de M. Le Nain une lettre à Arnauld, du 16 mars 1663, pour lui exprimer vivement combien il lui donne tort dans son refus de se prêter à l’accommodement négocié par l’Évêque de Comminges. Cette lettre respire la franchise du cœur et le désir de la paix. (Œuvres d’Arnauld, in-4°, tome I, page 309.)