Page:Samain - Œuvres, t2, 1921.djvu/172

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Telle et plus âpre ainsi, je dompte le troupeau.
Les reins cambrés, je vais plus que jamais puissante ;
Car je n’ai qu’à pencher ma nuque pour qu’on sente
L’odeur de tout l’amour incrusté dans ma peau.

Mon cœur aride est plein de cendre et de pierrailles ;
Quand je rencontre un homme où ma chair sent un roi,
Je frissonne, et son seul regard posé sur moi
Ainsi qu’un grand éclair descend dans mes entrailles.

Prince ou rustre, qu’importe, il sera dans mes bras.
Simplement - car je hais les grâces puériles -
Je collerai ma bouche à ses dents, et, fébriles,
Mes mains l’entraîneront vers mon lit large et bas.

La flamme, ouragan d’or, passe, et, toute, je brûle.
Après, mon cœur n’est plus qu’un lambeau calciné ;
Et du plus fol amour et du plus effréné
Je m’éveille en stupeur comme une somnambule.