Page:Samain - Œuvres, t2, 1921.djvu/236

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Sur le Caucase en sang l’affreux vautour s’éploie ;
Et l’Œta voit debout dans le feu qui flamboie
           Hercule devenir un dieu.

Moïse au large front d’airain, Orphée imberbe,
Tous les pâles songeurs où s’incarna le verbe,
Pensifs, ont descendu leurs géants escaliers…
Car les monts, où le rêve augustement s’attache,
Ont dans leurs profondeurs une âme qui se cache ;
Et c’est de leurs vieux flancs éventrés qu’on arrache
           Le marbre où les dieux sont taillés.

De sommet en sommet bondissant, éperdue,
L’âme-en plein firmament-respire l’étendue,
Et s’enivre du froid sublime de l’éther…
Les routes, les cités, les campagnes reculent,
Toutes les visions de la terre s’annulent ;
Et seuls les grands sommets dans la lumière ondulent
           Comme les vagues de la mer.

Les monts ont les glaciers d’argent, les sources neuves
D’où sort la majesté pacifique des fleuves,