Page:Samain - Œuvres, t2, 1921.djvu/240

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Tel il grandit, gardé par l’antre paternel,
Pur de la pureté des glaces - près du ciel.

Mais déjà, frémissant de conquérir l’espace,
Il s’élance, et ruisseau turbulent et vorace,
Emporte en bouillonnant dans ses flots confondus
Des herbes, des rochers et des sapins tordus ;
Puis, torrent blanc d’écume, il déserte les cimes ;
Jaloux de l’avalanche, il se rue aux abîmes,
Et sur les rocs fumants, ivre et précipité,
S’écrase et tombe en des cascades de clarté !

Au fond des ravins noirs sa fureur s’est éteinte.
Il respire à présent, car la plaine est atteinte,
La plaine pacifique aux horizons d’épis.
Il promène, étalé, de longs jours assoupis
Parmi les terrains roux, les vergers, les pâtures,
Le décor symétrique et calme des cultures,
Et coule monotone et pareil aux bœufs lents
Attelés sur la route aux chars de foin tremblants.
Le rire de l’été rayonne sur ses berges.
Des troupeaux çà et là boivent à ses flots vierges ;
Il rencontre, en passant, des villages, des bourgs ;