Page:Samain - Œuvres, t2, 1921.djvu/242

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Chargé d’orgueil, au loin, sur les plaines fertiles,
Il regarde traîner son manteau semé d’îles,
Et, superbe, à plaisir prodiguant les détours,
S’avance vers la ville aux immenses faubourgs
Où, plein de majesté, comme les patriarches,
Il entre, glorieux, sous la splendeur des arches !

La Ville avec orgueil, du haut des grands quais blancs
Regarde s’avancer ses flots nobles et lents.
Les vieux palais bâtis par les races lointaines
Suspendent sur ses eaux leurs terrasses hautaines.
Les rêveurs éblouis vont voir, les soirs vermeils,
Sur ses flots somptueux descendre les soleils ;
Et la nuit jette au fond de ses ondes funèbres
Des secrets qu’il emporte à Dieu dans les ténèbres.
Un peuple de bateaux le sillonnent sans fin.
Il apporte le blé, le fer, le bois, le vin,
Et fait sur son chemin bénir ses eaux royales
Par les grands bras levés des saintes cathédrales !
Il est religieux, sacré, fécond, puissant,
Et coule au cœur des nations comme le sang.

L’horizon s’élargit, respectueux ; la Terre,
Orgueilleuse de lui, comme une bonne mère,