Page:Samain - Œuvres, t2, 1921.djvu/252

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Le pâtre qu’une ivresse envahit lentement
Sent tressaillir sous lui la terre obscurément.
Il boit l’haleine en fleur de la saison nouvelle ;
Il boit le lait sacré de la bonne Cybèle.
Eaux courantes, bois verts, feuillage frémissant…
Le clair frisson du monde a passé dans son sang !
Dans l’herbe humide et drue, il plonge son visage ;
Il voudrait sur son cœur serrer le paysage.
La vie autour de lui circule ; il voit courir
Mille insectes fiévreux qu’un soir fera mourir.
L’oiseau vole ; le vent souffle ; la feuille tremble ;
Le ciel est de cristal… Et voici qu’il lui semble
Que son âme, pareille au reflet du bouleau,
A fui, légère et vaine, au murmure de l’eau…