Page:Sand – Le Lis du Japon, 1866.pdf/11

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JULIEN.

Elle vient là, tout près, sur ce banc, où elle reste quelquefois une heure à lire ou à rêver. D’autres fois, elle est accompagnée d’une ou deux femmes de ses amies, ou d’un vieux monsieur, son parent ; elle cause avec eux… Ah ! que sa voix est douce et son langage noble et touchant ! Je ne fais pas d’indiscrétion, en l’écoutant, Marcel ! je ne le fais pas toujours exprès, et puis je ne m’intéresse pas aux choses dont on parle, quand elle ne s’y intéresse pas. Je n’entends qu’elle, et, dans tout ce qu’elle dit, je la sens si bonne, si vraie, si généreuse !… c’est une âme grande et pure, vois-tu, une âme au-dessus de toutes les autres. C’est un esprit droit, un sens rare, un cœur magnanime ! enfin, c’est une créature du ciel, c’est un ange sur la terre, et je l’adore !


MARCEL.

Diable ! diable ! te voilà bien pris, mon pauvre ami… et sans espoir ! c’est une trop grande dame !


JULIEN.

Et trop austère dans ses idées comme dans ses mœurs, pour faire jamais la moindre attention à moi. Tu vois donc bien que, sans l’offenser, je peux l’aimer en silence ; ne me trahis pas !


MARCEL.

Je n’ai garde. Pourtant… que sait-on ? elle est veuve et peu fortunée ; si l’oncle… Mais à quoi songes-tu ?


JULIEN.

Ah ! pardon… tu me parlais ?


MARCEL.

Diantre ! oui, je te parle ; es-tu sourd ?


JULIEN.

Dis-moi, Marcel, cet architecte qui va venir, c’est Dubourg ?


MARCEL.

Eh ! oui, notre camarade d’école. Où vas-tu ?


JULIEN.

Je cours chez lui, c’est au bout de la rue.