Page:Sand - Œuvres illustrées de George Sand, vol 1, 1852.djvu/263

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FRANÇOIS LE CHAMPI.

pour lui faire comprendre qu’elle ne voulait plus le traiter comme un gamin.



Oui-da, Labriche, tu m’as reconnu ? (Page 27.)

— Oh ! ma foi ! je n’en sais rien au juste, répondit le champi qui commençait à la voir venir avec ses gros sabots. Je ne m’amuse pas souvent à faire le compte de mes jours.

— On dit que vous n’avez que dix-sept ans, reprit-elle ; mais moi, je gage que vous en avez vingt, car vous voilà grand, et bientôt vous aurez de la barbe.

— Ça m’est très égal, dit François en bâillant.

— Oui-da ! vous allez trop vite, mon garçon. Voilà que j’ai perdu ma bourse !

— Diantre ! dit François, qui ne la supposait pas encore si madrée qu’elle était, il faut donc que vous descendiez pour la chercher, car c’est peut-être de conséquence ?

Il descendit et l’aida à dévaler ; elle ne se fit point faute de s’appuyer sur lui, et il la trouva plus lourde qu’un sac de blé.

Elle fit mine de chercher sa bourse, qu’elle avait dans sa poche, et il s’en alla à cinq ou six pas d’elle, tenant la jument par la bride.

— Eh ! vous ne m’aidez point à chercher ? fit-elle.

— Il faut bien que je tienne la jument, fit-il, car elle pense à son poulain, et elle se sauverait si on la lâchait.

La Sévère chercha sous les pieds de la jument, tout à côté de François, et à cela il vit bien qu’elle n’avait rien perdu, si ce n’est l’esprit.

— Nous n’étions pas encore là, dit-il, quand vous avez crié après votre boursicot. Il ne se peut donc guère que vous le retrouviez par ici.

— Tu crois donc que c’est une frime, malin ? répondit-elle en voulant lui tirer l’oreille ; car je crois que tu fais le malin…

Mais François se recula et ne voulut point batifoler.

— Non, non, dit-il, si vous avez retrouvé vos écus, partons, car j’ai plus envie de dormir que de plaisanter.

— Alors nous deviserons, dit la Sévère quand elle fut rejuchée derrière lui ; ça charme, comme on dit, l’ennui du chemin.

— Je n’ai pas besoin de charme, répliqua le champi ; je n’ai point d’ennuis.

— Voilà la première parole aimable que tu me dis, François !