Page:Sand - Œuvres illustrées de George Sand, vol 1, 1852.djvu/287

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FRANÇOIS LE CHAMPI.

sur tout cela à M. le curé d’Aigurande, qu’il avait reconnu pour un honme juste et craignant Dieu.



Car ils y étaient encore à minuit. (Page 43.)

Il y alla, mais ne le trouva point. Il s’était absenté pour aller voir son évêque, et François s’en revint coucher au moulin de Jean Vertaud, acceptant d’y passer deux ou trois jours à leur faire visite, en attendant que M. le curé fût de retour.

Il trouva son brave maître toujours aussi galant homme et bon ami qu’il l’avait laissé, et il trouva aussi son honnête fille Jeannette en train de se marier avec un bon sujet qu’elle prenait un peu plus par raison que par folleté, mais pour qui elle avait heureusement plus d’estime que de répugnance. Cela mit François plus à l’aise avec elle qu’il n’avait encore été, et, comme le lendemain était un dimanche, il causa longuement avec elle, et lui marqua la confiance de lui raconter toutes les peines dont il avait eu contentement de sauver madame Blanchet.

Et de fil en aiguille, Jeannette, qui était assez clairvoyante, devina bien que cette amitié-là secouait le champi plus fort qu’il ne le disait. Et tout d’un coup elle lui prit le bras et lui dit : — François, vous ne devez plus rien me cacher. À présent, je suis raisonnable, et vous voyez, je n’ai pas honte de vous dire que j’ai pensé à vous plus que vous n’avez pensé à moi. Vous le saviez et vous n’y avez pas répondu. Mais vous ne m’avez pas voulu tromper, et l’intérêt ne vous a pas fait faire ce que bien d’autres eussent fait en votre place. Pour cette conduite-là, et pour la fidélité que vous avez gardée à une femme que vous aimiez mieux que tout, je vous estime, et, au lieu de renier ce que j’ai senti pour vous, je suis contente de m’en ressouvenir. Je compte que vous me considérerez d’autant mieux que je vous le dis et que vous me rendiez cette justice de reconnaître que je n’ai eu dépit ni rancune de votre sagesse. Je veux vous en donner une plus grande marque, et voilà comme je l’entends. Vous aimez Madeleine Blanchet, non pas tout bonnement comme une mère, mais bien bellement comme une femme qui a de la jeunesse et de l’agrément, et dont vous souhaiteriez d’être le mari.

— Oh ! dit François, rougissant comme une fille, je l’aime comme ma mère, et j’ai du respect plein le cœur.

— Je n’en fais pas doute, reprit Jeannette ; mais vous l’aimez de deux manières, car votre figure me dit l’une, tandis que votre parole me dit l’autre. Eh bien ! Fran-