Page:Sand - Œuvres illustrées de George Sand, vol 1, 1852.djvu/289

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FRANÇOIS LE CHAMPI.

parler, mais en se tenant par le bras, aussi serrés que la vigne à la vigne, François lui dit :

— Allons à la fontaine, peut-être y trouverai-je ma langue.

Et à la fontaine, ils ne trouvèrent plus ni Jeannette ni Jeannie qui étaient rentrés. Mais François retrouva le courage de parler, en se souvenant que c’était là qu’il avait vu Madeleine pour la première fois, et là aussi qu’il lui avait fait ses adieux onze ans plus tard. Il faut croire qu’il parla très-bien et que Madeleine n’y trouva rien à répondre, car ils y étaient encore à minuit, et elle pleurait de joie, et il la remerciait à deux genoux de ce qu’elle l’acceptait pour son mari.

— Là finit l’histoire, dit le chanvreur, car des noces j’en aurais trop long à vous dire ; j’y étais, et le même jour que le champi épousa Madeleine, à la paroisse de Mers, Jeannette se mariait aussi à la paroisse d’Aigurande. Et Jean Vertaud voulut que François et sa femme, et Jeannie, qui était bien content de tout cela, avec tous leurs amis, parents et connaissances, vinssent faire chez lui comme un retour de noces, qui fut des plus beaux, honnête et divertissant comme jamais je n’en vis depuis.

— L’histoire est donc vraie de tous points ? demanda Sylvine Courtioux

— Si elle ne l’est pas, elle le pourrait être, répondit le chanvreur, et si vous ne me croyez, allez-y voir.


FIN DE FRANÇOIS LE CHAMPI.