Page:Sand - Antonia.djvu/116

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l’atelier de Julien, seule et face à face avec lui ; car son modèle était placé dans le jour projeté de la fenêtre sur cette porte, et Julie apparut à l’artiste en pleine lumière, comme si elle venait à lui dans un rayon de soleil.

Julien s’attendait si peu à cette vision, qu’il faillit tomber foudroyé. Tout son sang se porta à son cœur, et sa figure devint plus blanche que le lis de M. Antoine. Il ne put ni parler ni saluer, il resta debout, la palette en main, l’œil fixe et dans une attitude véritablement pétrifiée.

Que se passa-t-il donc d’analogue dans l’âme et dans les sens de la belle comtesse ? Il est certain qu’à la vue de ce jeune homme d’une beauté accomplie et d’un type où la noblesse des lignes ne le cédait qu’à l’intelligence de l’expression, elle se sentit saisie d’une sorte de respect instinctif ; car il n’était pas un inconnu pour elle. Elle savait toute sa vie honnête et digne, son labeur tenace à la fois ardent et régulier, son amour filial, ses sentiments généreux, l’estime et l’affection qu’il méritait, et que nul de ceux qui le connaissaient ne pouvait lui refusez. Elle avait peut-être eu quelquefois la curiosité de le voir, et sans doute elle s’était interdit d’y céder, soit qu’elle eût trouvé ce désir puéril, soit qu’elle eût pressenti quelque vague danger pour elle-même.

N’en cherchons pas plus long. Elle était apparemment toute préparée à l’invasion du sentiment qui devait décider de sa vie. Elle en reçut comme une