Page:Sand - Antonia.djvu/115

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s’il n’eût jamais existé, ou, si elle y pensa, elle ne s’avisa pas du danger qu’elle courait de le rencontrer. Ce danger, dont, au reste, elle ignorait la gravité, lui semblait bien peu de chose au prix de l’événement qui la poussait vers sa mère. D’ailleurs, elle était seule. Personne dans son salon, personne dans le jardin. Les roses seraient-elles scandalisées de sa démarche, et les rossignols iraient-ils crier par-dessus les murs que madame d’Estrelle entrait dans une maison où pouvait se trouver un jeune homme qu’elle n’avait jamais vu ?

Julien n’avait pas en ce moment le loisir de guetter l’approche de Julie. Il fallait peindre vite et sans distraction. Le lis ne pouvait point s’engager à ne pas se ternir et se déformer avant le dernier coup de pinceau. Madame Thierry était dans sa chambre avec Marcel, qui, après avoir échangé quelques mots avec Julien, voulait sermonner, confesser et convaincre sa tante en tête-à-tête, le sujet de sa vindicte étant resté et devant rester caché au jeune artiste.

Madame d’Estrelle frappa légèrement à la porte du pavillon. Une grosse voiture chargée de moellons passait en ce moment-là dans la rue. Le poids des roues, les cris du charretier et les claquements du fouet couvrirent le faible bruit de son signal. Pressée de voir madame Thierry avant qu’elle fût avertie et mal disposée par quelque message bourru du bizarre Antoine, madame d’Estrelle ouvrit résolument une première porte, puis une seconde, et se trouva dans