Page:Sand - Antonia.djvu/146

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la vérité ! Et tout le monde n’en rira peut-être pas !

Julien, qui peignait toujours, perdit patience. Il déposa sa palette et son appuie-main, et, ôtant le mouchoir négligemment roulé que les peintres de cette époque portaient, en guise de bonnet, dans leur atelier, il alla droit à M. Thierry, dont il interrompit forcément la promenade agitée et bruyante. Alors, d’un air sérieux et d’un ton très-ferme, il lui demanda l’explication de ses vagues menaces.

— Monsieur mon oncle, lui dit-il, vous avez l’air de vouloir me pousser à bout ; mais je ne manquerai pas pour cela au respect que je vous dois. Considérez seulement, je vous prie, que je ne suis pas un enfant qu’on puisse faire trembler en fronçant le sourcil et en prenant une grosse voix. Vous feriez mieux de voir et de comprendre ce qui est, c’est-à-dire le chagrin véritable que j’éprouve de vous avoir déplu. Comment ce malheur m’est arrivé, ne me le demandez pas : un oubli, une distraction, ne s’expliquent pas ; mais, le fait accompli, que voulez-vous faire pour m’en punir, ou qu’exigez-vous de moi pour que je l’expie ? Me voilà tout prêt à vous prouver mon repentir ou à subir les conséquences de ma faute. Prononcez, et ne menacez plus, ce sera plus digne de vous et de moi.

M. Antoine resta court, insensible en apparence, mais au fond très-mortifié de la supériorité d’attitude que l’accusé avait en ce moment sur le juge. Il eut