Page:Sand - Antonia.djvu/147

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même une certaine peur d’être ridicule, et, pour en finir, il lui vint une idée diabolique.

— Tout dépend de madame d’Estrelle, dit-il. Si elle le veut, si elle l’exige, je fais pour ta mère, nonobstant ta vilaine action, tout ce que j’avais promis, et même je te pardonne ; mais c’est à la condition qu’elle viendra demain chez moi avec vous autres, comme, de son côté, elle l’avait promis tantôt.

— Eh bien, dit Marcel, si tout est raccommodé, ne lui avez-vous pas rappelé tout à l’heure le rendez-vous convenu ?

— Toi, procureur, je ne te parle pas, répondit Antoine ; fais-moi le plaisir de t’en aller, je veux parler seul avec maître Julien.

— Parlez, parlez, dit Marcel. Je m’en vais, car on m’attend chez moi depuis une grande heure. Je reviendrai savoir tantôt ce que vous aurez décidé.

Quand Julien fut tête à tête avec son oncle, celui-ci prit un air de solennité encore plus comique,

— Écoute, dit-il ; tu vas faire pour moi une commission. Tu vas aller à l’hôtel d’Estrelle.

— Pardon, mon oncle, je ne vais pas là, moi, je n’y serais pas reçu.

— Tu ne seras pas reçu, j’y compte bien. Tu porteras une lettre, tu attendras la réponse dans l’antichambre, et tu me la rapporteras.

— Soit, dit Julien, qui pensait pouvoir s’arrêter chez le suisse. Où est la lettre ?

— Donne-moi ce qu’il faut pour l’écrire.