Page:Sand - Antonia.djvu/152

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absolument rien à vous dire, ou bien vous avez subi l’insolence de ses offres avec une patience qui l’a abusé ; et, si vous avez eu cette patience, cette bonté-là, j’en devine aisément la cause. Vous avez craint de voir retomber sur nous le ressentiment de M. Antoine !

— Il est vrai, maître Julien : j’ai pensé à votre mère, j’ai éludé la réponse, j’ai demandé le temps de réfléchir, j’ai espéré que, pour me complaire, il tiendrait d’abord la parole qu’il m’a donnée de rendre l’aisance et le bonheur à madame Thierry. C’était peut-être mal, car je manquais de franchise, et cela n’est pas dans mon caractère. Pouvais-je croire, d’ailleurs, que ce vieillard emporté et mal élevé commencerait par essayer de me compromettre ? Voilà pourtant ce qui arrive, et Dieu sait quels désagréments vont résulter pour moi de tout ceci ! mais j’ai tort de m’en préoccuper. En voyant échouer mes négociations en votre faveur, je suis égoïste de me plaindre, et en vérité mon plus grand chagrin est de ne plus être bonne à rien après avoir été la cause de votre désastre. Que faire aussi avec un homme qui prend ma peur pour de la coquetterie et mon silence pour un aveu ?

Julien mit un genou en terre, et, comme madame d’Estrelle, effrayée, surprise, allait s’enfuir :

— Ne craignez rien de moi, madame, lui dit-il ; ceci n’est pas une déclaration de théâtre ; je ne suis pas fou, et je fais ici une action très-sérieuse en vous remerciant à genoux au nom de ma mère. Votre bonté