Page:Sand - Antonia.djvu/159

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toine Thierry, et tu ne penses certainement pas que cela eût pu avoir lieu. Quant à toi, mon cher Marcel, sois béni pour tout le mal que tu t’es donnée mais te voilà bien convaincu désormais que c’était en pure perte, et que l’oncle Antoine ne donne rien pour rien. Restons tranquilles à présent, reprenons notre vie où nous l’avions laissée avant ce mauvais rêve de fortune. J’ai toujours des bras pour travailler et un cœur pour vous chérir, et même, à partir d’aujourd’hui, je me sens plus dispos, plus vaillant et plus sûr de l’avenir que je ne l’ai jamais été.

Cette fois, Julien disait la vérité, et ne montait pas son courage pour rassurer sa mère. Il se sentait, non pas tranquille, mais fort ; ses deux entrevues coup sur coup avec Julie avaient imprimé à son âme une direction nouvelle, un élan plus sûr. Il avait trouvé devant elle l’inspiration qui résumait le sérieux et la générosité de sa passion. Il était sûr de lui avoir ouvert son cœur, et de ne l’avoir ni effrayée ni offensée. Croyait-il être aimé ? Non, mais il le sentait peut-être malgré lui d’une manière vague, et il y avait de mystérieuses délices dans sa rêverie. Il avait compris sa mission dans la vie de sentiment exalté et dévoué qui était bien réellement sa vie normale. Ce qu’il avait dit, il voulait le faire, et il était de force à le faire. Aimer en silence, ne rien chercher, ne rien surprendre et ne rien saisir que l’occasion de se dévouer sans réserve, tel était son plan, sa volonté, sa profession de foi, pour ainsi dire.