Page:Sand - Antonia.djvu/161

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heureux que pas un ! Je me sentirai soutenu par un enthousiasme qui ne s’usera pas dans les déceptions. Je respirerai tout seul et à toute heure dans le beau, dans le pur et dans le grand encore mieux que mon pauvre père, qui éprouvait ce besoin-là, mais qui croyait le satisfaire dans telles ou telles conditions de luxe ou dans le commerce de tels ou tels personnages. Il ne m’en faudra pas tant à moi, et je serai vraiment bien plus riche, n’ayant besoin que d’être content de moi-même.

En s’élançant ainsi de parti pris dans les régions de l’idéal, Julien suivait en effet un secret penchant qui s’était développé en lui de bonne heure. Il avait reçu une assez belle éducation, et, tout en étudiant son art assidûment, il avait beaucoup lu ; mais, porté à l’enthousiasme austère, il n’abandonnait pas son goût à tous les sujets et son plaisir à tous les genres. De tout ce qui avait nourri son adolescence, le grand Corneille était ce qu’il avait savouré avec le plus de satisfaction et de fruit. C’est là qu’il avait trouvé, sous la forme la plus élevée, la plus forte et la plus fière aspiration à l’héroïsme. Il préférait cet enseignement mis en action, ces grandes vertus s’exprimant et se manifestant par elles-mêmes, aux discussions de la philosophie contemporaine.

Ce n’est pas à dire qu’il dédaignât l’esprit de son temps, ni qu’il se tînt à l’écart du prodigieux mouvement qui se produisait alors dans les idées. Au contraire, il était un des robustes produits de cette époque