Page:Sand - Antonia.djvu/167

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— Je crains tout ! Avec lui, ne faut-il pas s’attendre à tout ?

Madame d’Estrelle avait été presque malade de toutes les émotions de la journée. La visite de Julien l’avait achevée ; mais, dès qu’il fut sorti de chez elle, l’espèce de fièvre que lui avait causée l’incartade de M. Antoine fit place à un accablement non dépourvu de douceur.

— J’ai un ami, se disait-elle, un excellent ami, voilà qui est certain, dût le monde entier se moquer de moi en me voyant si confiante dans la parole d’un homme que je ne connaissais pas il y a quelques heures ; mais dois-je agréer cette amitié si vive ? n’est-elle pas dangereuse pour lui et pour moi ? Il est vrai qu’il ne m’a pas demandé de l’agréer. Il est parti comme quelqu’un qui ne dépend de personne et qui aime sans permission. Puisqu’il dit ne rien espérer, n’est-ce pas son droit d’aimer ? Et que pourrais-je faire pour l’en empêcher ?

Julie reconnut bien, vis-à-vis de sa conscience, qu’elle n’aurait pas dû recevoir Julien après ce que madame Thierry lui avait révélé du sentiment qu’il nourrissait pour elle.

— Au fait, pourquoi l’ai-je reçu quand mon premier mouvement était de lui faire dire ce mot si simple et si concluant : « Il n’y a pas de réponse ! » C’était me débarrasser à la fois de l’oncle et du neveu… Mais ce dernier méritait-il une humiliation ? Ne venait-il pas pour sauver son honneur d’une em-