Page:Sand - Antonia.djvu/173

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Ces tentatives de réaction au milieu des entraînements du siècle avaient leur contre-coup dans les coteries dévotes, et généralement la haute noblesse blâmait ceux de ses membres qui s’étaient laissé charmer par les séductions de la philosophie nouvelle. Dans les salons conservateurs, on accablait le roi et la reine de malédictions et de sarcasmes dès qu’ils semblaient abandonner les théories du bon plaisir. On se rattachait à eux, on croyait tout sauvé dès qu’ils apportaient une pierre à l’impuissante digue contre l’esprit révolutionnaire, et pourtant personne ne soupçonnait la rapidité du flot et l’imminence du débordement. Tout se traduisait en moqueries amères, en chansons, en caricatures. On affectait de mépriser le danger au point d’en rire de pitié.

Les personnes qui entouraient immédiatement Julie étaient de cette humeur douce et craintive vers laquelle sa propre douceur timide l’avait portée naturellement ; mais, autour de ce petit cercle, ennemi de toutes les exagérations, elle sentait la pression d’un cercle plus vaste et plus redoutable, celui de la famille du comte d’Estrelle, famille hautaine, irritée de sa muette résistance aux opinions absolues ; et encore au delà de ce cercle redoutable, qu’elle évitait d’approcher, il y en avait un plus puissant et plus menaçant, celui de la seconde femme du marquis d’Estrelle. Ce cercle-là, exclusivement bigot, ennemi de tout progrès, contempteur acharné des philosophes, ouvertement hostile au tout-puissant Voltaire lui-même,