Page:Sand - Antonia.djvu/178

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qu’elle change d’idée comme de robe. Il faut à madame une jolie toilette de chiné bleu de roi à bouquets blancs.

— À la bonne heure ! Mais toutes mes toilettes n’ont-elles point passé de mode depuis deux ans que je suis en deuil ?

— Non, madame, car j’y ai veillé ! J’ai recoupé les manches et changé la garniture du corps. Avec des nœuds de satin blanc et une coiffure de dentelles, madame sera du meilleur air.

— Mais pourquoi me faire belle, Camille, puisque je n’attends personne ?

— Madame a-t-elle défendu sa porte ?

— Non ; mais vous m’y faites penser, je ne veux recevoir personne.

Camille regarda sa maîtresse avec surprise. Elle ne comprenait pas, elle pensa que c’étaient des vapeurs, et se mit à l’accommoder, comme on disait alors, sans oser rompre le silence. Julie, accablée et distraite, se laissa parer. Et, quand la suivante se fut retirée, emportant les robes grises qui devenaient sa propriété, elle se regarda de la tête aux pieds dans une grande glace. Elle était mise à ravir et belle comme un ange. C’est pourquoi, son cœur lui criant encore : À quoi bon ? elle cacha son visage dans ses deux mains, et se prit à pleurer comme un enfant.