Page:Sand - Antonia.djvu/206

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— Vous croyez donc, dit-elle en continuant à marcher vite, que l’on peut secouer le joug de ce monde injuste qui oppresse les consciences et condamne les idées vraies ? Je voudrais croire avec vous que cela doit arriver !

— Vous y croyez déjà, puisque vous souhaitez d’y croire.

— Peut-être ; mais quand cela arrivera-t-il ?

— Nul ne sait quand ni comment : ce qui est juste ne peut point ne pas arriver ; mais que vous importe à vous, madame, que tout ceci dure encore cinquante ou cent ans ? N’êtes-vous pas de ceux qui profitent innocemment du malheur des autres ?

— Oh ! moi, je ne profite de rien. Je n’ai rien à moi, et je ne suis rien dans le monde.

— Mais vous êtes du monde, vous lui appartenez, il vous doit protection, et il ne vous blessera jamais personnellement.

— Qui sait ? dit Julie.

Puis, craignant d’en avoir trop dit, elle revint, afin de parler d’autre chose, à la scène qui venait de se passer.

— Quand je pense que tout à l’heure, dit-elle, un grand malheur eût pu vous arriver ! Ah ! votre pauvre mère, comme elle m’eût maudite, si j’eusse causé…

— Non, madame, cela ne pouvait pas arriver, répondit Julien ; j’avais pour moi la bonne cause.

— Et vous croyez que la Providence intervient dans ces occasions-là ?