Page:Sand - Antonia.djvu/209

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Elle pensa pouvoir sans inhumanité la laisser veiller ainsi quelques instants de plus, et, se sentant le cœur plein d’émotion, l’esprit noyé de rêveries, elle ne put résister au désir de s’asseoir au bord du bassin, où la lune se reflétait, immobile et claire, comme dans une glace de Venise,

Le rossignol ne chantait plus. Il dormait sur sa jeune couvée. Tout se taisait, et le zéphir (la brise de ce temps-là) était si délicieusement assoupi qu’il ne faisait pas trembler un brin d’herbe. Paris dormait aussi, du moins le quartier paisible dont l’hôtel d’Estrelle marquait l’extrémité. On eût entendu plutôt là les bruits de la campagne que ceux de la ville ; à cette heure, ils se bornaient à quelques fanfares de coq et à des aboiements de chien à de lointains intervalles. Les heures chantaient d’une voix limpide en se répondant d’un couvent à l’autre ; puis tout retombait dans la muette extase, et, si le roulement éloigné de quelque voiture résonnait sur le pavé du vrai Paris, c’était plutôt comme le mugissement sourd d’une vague que comme un bruit produit par l’activité humaine.

Julie, fatiguée et un peu égarée, respira ce calme de la nuit et ce parfum de la solitude avec un grand bien-être. Elle arrêta ses regards sur une grosse étoile blanche qui, gravitant non loin de la lune, se répétait dans la même eau. Elle resta d’abord sans penser, oubliant tout, se reposant ; bientôt elle eut des palpitations violentes qui la firent souffrir : elle trouva qu’il faisait chaud, et puis froid. Elle se leva pour s’en