Page:Sand - Antonia.djvu/213

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tenir, moi ; d’ailleurs, c’était mon devoir… Et voyez, cela ne peut pas durer ; quelque chose qu’on puisse penser ou dire, je ne veux pas que vous en mouriez ; non, je ne le veux pas !

Cette fois, Julien était ému, sa voix tremblait, ses mains tremblaient en posant le vêtement de sa mère autour de la taille de Julie ; mais il ne luttait point contre les surprises de la volupté : il grondait plutôt comme un père qui voit son enfant en danger. Il ne supposait même pas qu’on pût l’accuser d’un amour égoïste ou d’une entreprise perfide. Aussi oubliait-il toute convenance, et sa sollicitude avait un accent de passion qui bouleversa Julie. Elle lui saisit les deux mains, et, emportée elle-même par un mouvement de passion exaltée, le premier de sa vie, le moins prévu et le plus indomptable :

— Vous m’aimez ! lui dit-elle éperdument, vous m’aimez, j’en suis sûre ! Eh bien, dites-le-moi, que je l’entende, que je le sache ! Vous m’aimez… comme je veux être aimée !

Julien étouffa un cri, perdit la tête et emporta Julie dans son atelier ; mais elle avait eu une vie trop chaste pour que l’effroi de sa pudeur ne fît pas remonter dans la meilleure région de l’âme de son amant le respect un moment submergé. Il tomba à ses pieds et couvrit de baisers le bout de ses doigts glacés, en la suppliant d’avoir confiance entière.

— Confiance ! confiance ! lui dit-il. J’ai juré que je serais votre frère. C’est votre frère qui est là, n’en