Page:Sand - Antonia.djvu/212

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pas ! Comment le saurai-je ? Je ne le saurai peut-être jamais. Pourrai-je vivre sans savoir cela ?

En se torturant ainsi elle-même, elle se trouva sans savoir comment dans la contre-allée, assez près du pavillon. La porte était ouverte, une ombre noire s’en détachait. Julien, comme s’il eût entendu sa pensée, comme s’il eût été invinciblement entraîné à y répondre, venait droit à elle.

Julie recouvra aussitôt sa raison et sa fierté. Surprise, elle allait parler en reine offensée. Il ne lui en donna pas le temps.

— Madame, lui dit-il, pourquoi êtes-vous là ? Vous ne pouvez donc pas vous faire ouvrir ? Vos gens sont endormis, ou ils vous attendent tous du côté de la rue ? Vous ne pouvez point passer la nuit dans ce jardin, vêtue comme vous l’êtes. Il est deux heures du matin. La rosée tombe, vous serez glacée, vous serez malade… Et votre coiffe est sur votre épaule, vous voilà tête nue, les bras à peine couverts… Tenez, prenez vite ce gros mantelet de ma mère, et pardonnez-moi d’être ici.

— Mais comment saviez-vous… ?

— Je vous entendais marcher sur le sable, d’un pas bien léger, qui ne pouvait être que le vôtre, et ce pas qui s’interrompait, qui recommençait toujours… J’étais dans l’atelier, et puis là, la porte entr’ouverte, je me disais : « Elle est toujours dehors, elle ne peut pas rentrer, elle prend froid,… elle est fatiguée, elle souffre, elle a peut-être peur ! » Je ne pouvais plus y