Page:Sand - Antonia.djvu/231

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


— Peut-être que madame veut compter le linge ? Il y a ici des fichus et des rubans à ma maîtresse.

La douairière se souciait peu du caquet d’une suivante ; mais sa haine contre Julie reçut le coup de fouet et s’exaspéra. Elle jeta un coup d’œil rapide vers la croisée, et vit madame d’Estrelle qui traversait le jardin et se dirigeait vers le pavillon.

C’était là une grande faute sans doute de la part de Julie, mais elle aussi était exaspérée. Elle se sentait comme chassée de sa maison, de sa chambre, de sa retraite la plus intime par l’impudeur de la persécution. Elle cherchait un refuge, elle avait la tête perdue, elle s’en allait d’instinct et sans réfléchir vers madame Thierry, vers Julien.

— On ne viendra pas me relancer chez eux, pensa-t-elle, on n’oserait ! Je suis encore propriétaire, et moi seule ai le droit d’entrer chez les personnes qui sont là en vertu d’un bail. Il est temps que j’avoue, d’ailleurs, mes relations d’amitié avec madame Thierry, et, à partir d’aujourd’hui, je prétends aller chez elle comme je vais chez d’autres femmes qui ont des frères ou des fils.

Au moment où elle entrait résolument dans le pavillon, la marquise, avec une résolution non moins soudaine, sortait du boudoir et s’élançait dans le jardin.

— Où allez-vous, madame ? lui dit Marcel, qui n’avait pas vu fuir Julie, mais qui se méfiait des yeux brillants et de l’allure saccadée de l’agile et verte vieille.