Page:Sand - Antonia.djvu/251

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droit, et, si je m’étais vengé comme je pouvais le faire, c’était mon droit aussi.

Madame d’Estrelle, résolue à tout dire et à tout braver, écoutait l’oncle Antoine avec une fierté impassible, La brutalité de sa déclamation, qu’elle attribuait à une démence soutenue, et qu’elle excusait à cause de son manque d’éducation, ne la blessait pas comme les impertinences préméditées et raisonnées de la marquise. Marcel, qui la regardait pendant le beau discours de son oncle, prit la sérénité dédaigneuse de son sourire pour une dénégation plus éloquente que toutes les paroles.

— Mais regardez-la donc, s’écria-t-il en secouant le richard pour le faire taire ; regardez donc le pauvre effet de vos rêveries et des mensonges qu’on vous a fait avaler ! Vous ne pouvez pas faire monter la plus petite rougeur à son front, et son silence confond votre brutale faconde !

— Je parlerai tout à l’heure, dit Julie ; laissez parler M. Thierry. Vous voyez, il ne me fâche point, et j’attends qu’après avoir fait l’exposé de ma conduite il me rende compte de la sienne. Vous êtes sous le coup de mon indignation, monsieur Antoine Thierry, ne l’oubliez pas. Vous prétendez ne pas la mériter ; il vous reste à me prouver cela.

Le vieillard fut atterré un instant ; puis, prenant son parti :

— Eh bien, dit-il, méprisez-moi si vous voulez, je ne m’en moque pas mal ; j’ai mon estime, ça me suf-