Page:Sand - Antonia.djvu/268

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Camille entra. Julie se fit mettre son mantelet et continua dès qu’elle fut sortie :

— Voyez-vous, mon ami, si je restais ici une minute de plus, madame Thierry, inquiète de ce qui s’est passé chez elle, viendrait s’informer, et, quand même je dissimulerais devant elle,… le soir,… oh ! oui, le soir, Julien m’attendrait dans le jardin, et, ne me voyant pas venir, il ne pourrait s’empêcher d’approcher de ma fenêtre, d’y frapper… Je n’aurais pas la force de le laisser en proie à des inquiétudes mortelles, et je ne pourrais pas mentir avec lui. Non, non, partons ! voici le fiacre qui roule dans la cour. Venez, ne me laissez pas perdre le peu de courage que j’ai !

Marcel sentit qu’elle avait raison ; il lui offrit son bras.

— Allons, madame, dit-il, Dieu vous inspire, il vous soutiendra !

Ils roulèrent au hasard d’abord, la comtesse ayant donné au cocher l’adresse d’un couvent, puis d’un autre, sans savoir réellement où elle voulait aller. Enfin Marcel la décida à se rendre aux Ursulines de Chaillot, où il avait une cousine religieuse, et où il veilla à son installation, faisant lui-même le prix de son logement et de sa pension pour une huitaine, sauf à prolonger les arrangements, si la personne se trouvait convenablement traitée. Julie prit en entrant là le nom de madame d’Erlange, et la cousine de Marcel, chargée par lui de la bien recommander, ne fut pas mise dans la confidence. Comme Julie se réfugiait