Page:Sand - Antonia.djvu/279

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à ce mélange de sensibilité et de positivisme qui se produit toujours dans les désastres ; faites préparer tous les comptes de la maison, et, jusque-là, prenez les clefs. Vous répondez de toutes choses jusqu’à demain.

— Soit, monsieur, j’en réponds, dit la suivante, qui recommença à sangloter ; mais nous quittons donc le service de madame ? madame ne reviendra plus ?

— Je n’ai pas dit cela, et je n’ai pas reçu l’ordre de vous congédier.

Marcel écrivit à sa femme qu’il n’avait le temps ni de dîner ni de souper, et qu’elle ne l’attendît pas avant dix ou onze heures du soir. Il retourna au couvent. Julie avait comme épuisé toute sa vie dans les pleurs. Elle s’était relevée, elle avait baigné dans l’eau froide son visage pâle, marbré du feu des larmes. Elle était calme, abattue, et ressemblait à une morte qui marche. Elle se ranima un peu en apprenant que Marcel avait réussi à tromper Julien et à lui faire accepter, sans trop de soupçons, l’existence que M. Antoine assurait à sa mère et à lui. Elle écrivit le billet que lui dictait Marcel pour M. Antoine, s’engageant à ne revoir Julien de sa vie, à la condition que Julien ne serait jamais dépossédé ni de la maison de Sèvres ni de la rente. Elle ne voulut jamais stipuler cette condition pour sa propre fortune, et Marcel n’osa pas lui parler encore d’accepter la quittance de M. Antoine. Elle ne proféra plus, du reste, aucune plainte ; elle pliait sous la fatigue, et Marcel, en lui serrant la main, sentit qu’elle avait la fièvre. Il la décida à rece-