Page:Sand - Antonia.djvu/280

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voir la sœur Sainte-Juste, sa cousine, et il engagea celle-ci à faire coucher quelqu’un dans la chambre voisine. Il ne s’en alla qu’après avoir paternellement veillé à tout.

Julie passa une nuit calme ; elle n’était pas de ces natures tenaces qui luttent longtemps. Elle avait la conscience d’avoir accompli son devoir, et sa première souffrance avait été si brusque et si violente, qu’elle céda bientôt à l’épuisement et dormit. Le lendemain, elle remercia la personne qui l’avait veillée en demandant à rester seule. Elle s’habilla et se coiffa elle-même, et, se reconnaissant très-maladroite et très-inhabile à se servir, elle voulut vaincre ses habitudes, faire elle-même sa chambre et son lit, ranger ses hardes, et s’installer dans la pauvreté de cette cellule comme si elle eût dû y passer sa vie. Elle fit tout cela assez machinalement, sans effort et sans réflexion. Quand ce fut fini, elle s’assit sur une chaise, les mains jointes sur son genou, regardant par la fenêtre ouverte sans rien voir, écoutant les cloches du couvent sans rien entendre, ne pensant pas du tout à manger, bien qu’elle n’eût rien pris depuis vingt-quatre heures. La foudre éclatant au milieu de sa chambre ne l’eût pas fait tressaillir.

Vers midi, la sœur Sainte-Juste la trouva dans cet état de contemplation morne, qu’elle prit pour un recueillement de béatitude. Certaines âmes brisées restent si douces, que l’on ne soupçonne plus leur souffrance ; mais la sœur avait remarqué, en traver-