Page:Sand - Antonia.djvu/347

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contenir sa fureur quand les emprunts forcés s’attaquèrent à ses économies. Elle périt sur l’échafaud. Le duc de Quesnoy émigra. L’abbé de Nivières, plus prudent, se fit jacobin.

Après la terreur, la suppression du privilège des établissements royaux ayant permis à Julien de réaliser un vœu qu’il avait souvent formé, il travailla à propager les perfectionnements industriels et artistiques qu’il avait eu le loisir d’étudier et de faire essayer à Sèvres. Il n’y gagna point d’argent, tel n’était pas son but, il en perdit au contraire ; mais il y trouva le moyen de relever l’existence de beaucoup de malheureux. Il ne fut donc pas riche, et sa femme le vit avec joie continuer ses travaux d’art et s’occuper avec amour de l’éducation de ses enfants.

Marcel acheta à Sèvres une maisonnette voisine de la leur, et les deux familles passèrent ensemble tous les jours de fête, et de repos que le digne procureur, devenu avoué, put dérober au soin des affaires. Il fit honnêtement une petite fortune, et Julien sut mettre dans la gouverne de sa propre aisance la sagesse qui avait manqué à son père. Bien lui en prit, car la Révolution avait confisqué les biens de M. Antoine. M. Antoine avait continué à vivre seul, n’éprouvant aucun besoin de la vie de famille, gracieux autant qu’il pouvait l’être envers des obligés dont la reconnaissance flattait son orgueil, mais ne désirant pas entretenir des relations qui eussent dérangé ses habitudes. Il avait promis à Marcel de ne plus songer au ma-