Page:Sand - Antonia.djvu/42

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d’appétit viendraient ?… Mais il ne la connaît pas, il l’a à peine entrevue de loin… Ah ! mon pauvre enfant, serait-il possible ?…

Ils se mirent à table. Julien questionna sa mère avec assez de calme. Elle lui raconta la visite de la comtesse avec beaucoup de ménagements et en renfermant en elle-même l’élan de cœur qui l’eût rendue éloquente sur ce sujet, sans la découverte qu’elle venait de faire ou le danger qu’elle commençait à pressentir.

Julien se sentit observé par sa mère, il s’observa lui-même. Il n’avait jamais eu de secret pour elle ; mais, depuis quelques jours, il en avait un, et la crainte de l’alarmer le rendait dissimulé.

— Cette démarche de madame d’Estrelle, dit-il, est d’une honnête et sage personne. Elle a compris… un peu tard peut-être, les égards qu’elle te devait… Sachons-lui gré de son bon cœur. Tu lui as dit, j’imagine, que j’avais assez de savoir-vivre pour ne pas me croire compris dans la permission qu’elle t’accorde ?

— Cela allait sans dire. Je ne lui ai pas du tout parlé de toi.

— Au fait, elle ignore probablement que j’existe, et, pour qu’elle ne se repente pas de ses gracieusetés, tu feras peut-être aussi bien de ne jamais lui parler de ton fils.

— Pourquoi ne lui en parlerais-je pas ? Cela viendra ou ne viendra point, selon les hasards de la conversation.