Page:Sand - Antonia.djvu/48

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— Peut-être ; il me donne à penser, Savez-vous que je suis frappée de l’exemple que donnent certaines existences ? Je vois que madame Thierry est comme moi, dans un cas de veuvage et de ruine ; mais je la vois heureuse quand même, tandis que je ne le suis point. Elle est fière de payer les dettes d’un époux tendrement aimé… ; et moi… Mais je ne veux pas revenir sur la confession qui m’est échappée hier devant vous. Je veux vous faire une question. Ce fils, ce très-bon fils de la digne veuve, où est-il ?

— À Paris, madame, où il travaille fort bien et commence à se tirer d’affaire en faisant des tableaux presque aussi bons déjà que ceux de son père. Des amis puissants s’intéressent à lui, et le pousseraient plus vite s’il était moins scrupuleux et moins fier ; mais avec un peu de temps il deviendra riche à son tour, et déjà il ne doit plus qu’une misère, dont notre oncle Antoine s’est décidé à répondre, voyant qu’il n’y risquait plus rien.

— Cet oncle enrichi est donc aussi craintif, aussi économe que le marquis mon beau-père ?

— Non, madame ; c’est un tout autre genre d’égoïsme. Ce serait bien long à vous dire, et voici l’heure du palais.

— Oui, oui, une autre fois, monsieur Thierry. Courez à vos devoirs. Voici vos actes signés ; revenez bientôt !

— Dès que vos affaires me le commanderont ; comptez sur mon exactitude, madame la comtesse.