Page:Sand - Antonia.djvu/52

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C’est alors que madame Thierry, ne la voyant pas venir à sa rencontre, ainsi qu’elle s’y attendait, se hasarda à aller la saluer jusque chez elle pour la remercier. Madame d’Estrelle la reçut avec grande politesse ; mais la veuve était trop pénétrante pour ne pas voir quelque chose d’embarrassé dans son accueil, et elle était à peine assise, qu’elle lui fit son remercîment et se leva pour s’en aller.

— Déjà ? lui dit la comtesse. Vous me trouvez maussade, je parie, et j’avoue que j’éprouve aujourd’hui avec vous un peu de gêne qui me rend sotte. Eh bien, finissons-en tout de suite avec cette niaiserie que vous me pardonnerez bien. Quand j’ai été vous parler hier, je ne savais pas du tout que vous eussiez un fils jeune et fort honnête homme, dit-on, qui demeure avec vous…

— Laissez-moi vous dire le reste, madame la comtesse. Vous craignez…

— Oh ! mon Dieu, je crains qu’on ne jase, voilà tout. Je suis jeune, seule au monde, sans protection immédiate, dépaysée dans une famille qui ne m’a acceptée qu’à regret, je l’ai su trop tard, et qui me blâme de ne pas vouloir passer dans un couvent le temps de mon veuvage.

— Je sais tout cela, madame la comtesse, mon neveu Marcel me l’a dit. Jalouse du soin de votre honneur, je ne veux donc pas que votre bonté vous entraîne. Il ne faut pas que vous veniez auprès du pavillon tant que j’y demeurerai, il ne faut même