Page:Sand - Antonia.djvu/64

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— Va-t’en, gredin ! Tu ne viens chez moi que pour me soutirer toujours quelque chose. Tu pouvais bien répondre à ma place, toi qui es riche !

— Si je l’étais, soyez sûr que ce serait déjà fait ; mais j’achève de payer mon étude, et je ne peux plus tromper Julien sur les sacrifices que je fais pour lui. Il s’en affecte, sa mère s’en désole…

— Oh ! sa mère, sa mère !… dit le richard avec l’accent d’une aversion profonde.

— Vous ne l’aimez pas, c’est connu : aussi ne vous demandera-t-elle jamais rien, soyez tranquille ; mais j’aime ma tante, moi, ne vous en déplaise, et Julien l’adore. À eux deux, à nous trois, s’il le faut, on s’acquittera avant deux ans, et vous n’aurez rien à débourser, je m’en flatte.

— Et moi, je ne m’en flatte pas ! N’importe ! je leur rends ce service, qui sera le dernier.

— Et le premier aussi, mon cher oncle !

Et, comme la pièce était signée, repliée et empochée, Marcel ajouta en appuyant ses coudes sur la table et en regardant son oncle droit au visage :

— Savez-vous, mon petit oncle du bon Dieu, qu’il faut que vous soyez bien chien pour avoir laissé vendre la maison de campagne de votre frère ?

— Ah ! nous y voilà encore ! s’écria M. Antoine en se levant et en assénant sur la table un véritable coup de poing de paysan. Tu voulais me voir employer mon argent, gagné à la sueur de mon front, pour payer les folies d’un dissipateur ! Depuis quand les artistes